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Trajet d'un rescapé

Je fus réveillé par un cri; à un moment je me suis cru au milieu d'une bataille, opposant Maximilien aux tribus germaniques, et ce cri ne serait qu'un cri de guerre. Mais non ! Ce n'était que ma mère.
Ma mère se fait tordre les cordes vocales chaque matinée, pour me pousser à lancer cette tendre et saisissante couverture au sol, et mettre pieds à terre, dans le but de quitter ce sacré navire, et dire adieu aux beaux songes que je m'étais inconsciemment fait. Ma pauvre mère, ne conçoit pas l'idée, que moi aussi je souffre pour rejoindre ce temple damné, cette foule dérisoire et soumise, surnageant une ville anéantie par une mélancolie légère.
Cette souffrance, que ma mère ignore parfaitement, je la trouve cependant, d'une évidence insoutenable.
Les cris s'amplifient, retraçant ma vie, mon parcours, ma destinée, et mes défauts, et comme chaque matin, je me dis : " Ca va être une sacrée journée! "Prenant la fuite à la façon d'un fugitif, s'échappant aux grilles d'Alcatraz, et prenant aussi soin de cueillir un cartable échoué la veille au bord de la porte d'entrée, je me mets en route, vers la quête d'un nouveau rêve.
Arrivé, devant l'éternelle station de bus, je constate, que la foule y est. Parfois, je me dis: comment cette terre peut-elle porter tout ce monde, sans se fissurer, et les engouffrer, je pense qu'il faut prier, pour que ça n'arrive jamais.
Après une demi-heure de lente attente, le fameux bus arrive, une vielle dame, poussée, piétinée, martyrisée crie au secours, car comme chaque jour, elle est la victime d'une vague faite de corps enlacés, de visages crispés, et chacun doit réaliser une comédie surprenante, un numéro hallucinant digne des grands champions olympiques, pour être parmi les chanceux, ceux qui ont le grand privilège de prendre possession d'un siège.
Une heure s'écoule; quelle béatitude, d'entendre ce vieillard citant ses anciennes gloires, pour la libération de ce pays de toutes les merveilles, et quelle chance d'assister à de jolis coups de poings, coups de pieds dans un espace si médiocre. J'en étais sûr, ce sont de grands comédiens, de grands athlètes.
Mon visage posé, sans que je le veuille, sur cette vitre marquée par tant d'autres, me fait voir une ville d'un teint grisâtre, signant son chagrin inavoué. Propulsé vers l'extérieur, après l'arrêt tant souhaité, je suis enfin devant la porte du temple damné, et dans ma tête des calculs compliqués se font et se défont, essayant de concevoir mon retour vers ma tendre mère, qui certainement, elle aussi prépare un nouveau discours, qui peut être cette fois, me donnera la simple envie d'aller au cours.
Or, une grave situation , d'une urgence primordiale, m'accueille pour l'instant; l'amphithéâtre.

 


H. Hocine


 





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