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Tout Enfant Ressemble à sa Douleur*

Je ne vais pas faire ici le constat maintes fois rebattu de la décrépitude de nos hôpitaux.
Le bilan est connu de tous dans un pays où, paraît-il, le droit à la santé est garanti constitutionnellement.
Je ne vais donc pas, une fois encore, dénoncer l'effroyable manque de moyens, la déshumanisation de l'hôpital, la dévalorisation de nos études, le déclin des compétences, les erreurs médicales et cette inexorable " fuite des consciences ". Ce dont je veux parler aujourd'hui est une histoire parmi tant d'autres.
Celle d'un enfant hospitalisé qui rêve de devenir médecin, pour mieux soigner l'autre dit-il.
Un enfant au sourire incertain, un malade au courage désarmant, pour qui les beaux discours des grands, les statistiques de spécialistes, les réunions au sommet, les discussions de salon et autres mesures solennelles sans lendemain, ne sont que vaines et lointaines velléités face à la réalité de ses souffrances quotidiennes, aux impératifs de son combat incessant.
Nos mots, nos articles, notre indifférence ne l'intéressent pas.
Ses parents miséreux habitent une bourgade isolée à l'intérieur du pays et ne font le chemin pour lui rendre visite qu'une fois dans le mois, dans le meilleur des cas. Mais l'enfant, bien que meurtri par une telle séparation, ne se plaint pas et affiche ce regard profond et résigné, qu'ont les bambins dont l'enfance fut sacrifiée au seuil d'une maturité trop tôt arrivée.
Tout juste si parfois dans un coin, sans un bruit, des larmes qu'il essaie inutilement de contenir, de repousser, de cacher sous ses mains fluettes et impuissantes, longent enfin délivrées ces joues que la maladie affecte, pour se perdre dans le vide, et toujours en silence, ce silence à l'écho vibrant qui transperce l'âme et l'afflige.
Fierté d'un petit soldat, d'un petit bout de chou qui désire crier sa douleur mais veut prouver son courage, et qui nous renvoie violemment à nos petitesses, à nos états d'âmes futiles, à notre grossière importance.
Encore et toujours l'attente, cette attente éreintante, angoissante, dans un service pour femmes où les enfants s'ennuient et ressassent sans cesse leur mal et celui de ceux qui les entoure.
Détresse psychologique qui vient accabler davantage une existence suffisamment suppliciée. Pourtant, lorsqu'on lui demande si quelque chose lui ferait plaisir, s'il a besoin de quoi que ce soit, il répond toujours pas la négative, n'oubliant jamais de vous remercier poliment et de louer Dieu.
Il est vrai qu'on apprend beaucoup en cours, mais ces leçons de vie et de courage, cette sagesse que vous donne un enfant malade sont uniques et plus précieuses encore.
Car elles suscitent en nous un véritable questionnement sur nos vies, nos priorités, nos vanités, en un mot sur nous même. Aussi, ne parlerai-je pas de ces médecins tellement absents, que les plans de carrière et les faveurs financières d'un temps plein aménagé retiennent ailleurs.
Je tairai la solitude de sa chambre à la lumière blafarde. Je ne parlerai pas du personnel infirmier et de sa conscience professionnelle. Je n'aborderai pas ces sujets pour ne pas généraliser et tomber dans l'opprobre facile.
Car la compassion, le dévouement, l'abnégation, le professionnalisme, Dieu merci, existent encore, et font que chaque jour -compte tenu des conditions de travail exécrables- de véritables prouesses médicales, de véritables miracles, sont réalisés et des vies ainsi sauvées.
Mon propos n'est donc pas aujourd'hui de critiquer ou d'encenser qui que se soit. Je veux simplement témoigner, maladroitement peut-être, assurément d'une manière superficielle et expéditive, mais témoigner sincèrement, d'une souffrance que beaucoup veulent ignorer, et dire par là même, à vous, mais aussi aux barons de la corruption, aux habitués des sujets qui fuient et des concours de résidanat tronqués, aux bûcheurs sans intelligence et à mes camarades " pousseurs ", que les larmes de cet enfant ainsi que les douleurs aux corps et à l'âme de milliers d'autres sauront tôt ou tard êtres leurs juges.
Alors de grâce, faites que la raison et la compassion nous guident dans nos études comme dans nos vies.

* "Tout Homme Ressemble à sa Douleur" André Malraux

 


Naz


 





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