|
Nous, Etudiants si Méprisables
Il est étonnant de constater à quel point
les acteurs du monde universitaire se méprisent les uns
les autres dans une sorte de chaîne burlesque dont nul ne
sait où les maillons commencent et où ceux ci finissent.
Ainsi, administrateurs en tous genres et consciences, professeurs
de tout acabit et compétences, étudiants sans le sou ou
dans l'opulence, agents zélés et modèles d'indifférence,
tous et bien d'autres encore, depuis le puissant cachet
jusqu'à l'impotent balai se rejoignent dans le mépris de
l'autre à quelques empans d'une crétine arrogance.
Mais si chacun, sûr de son importance, élude dédaigneusement
toute forme d'alliance, il semble tout de même qu'une exception
à la règle viennent fédérer leur sotte outrecuidance. En
effet, leur victime toute désignée demeure encore et toujours
l'étudiant. Ainsi, l'inscription en bibliothèque, l'hébergement,
le transport, les repas, la documentation……partout où il
se présente l'étudiant se voit accueillir avec acrimonie
et mépris.
Et jusqu'au sein des amphithéâtres, où les reliquats de
professeurs, dans une cuistrerie affligeante, affichent
autant de dédain que ces légions d'agents aigris imbus de
leur risible pouvoir de sous-fifres. Mais pourquoi diable
une telle hostilité, une telle hargne ?
Qu'ont-ils donc à constamment nous malmener, nous rabaisser
? Questions intéressantes dont l'étude nécessite au moins
un niveau universitaire. Malheureusement, la déflation qualitative
de cet enseignement qu'on continue encore à appeler supérieur
- eu égard à son état de santé déplorable- ne cesse de péricliter
en battant des records à chaque nouvelle rentrée. Il est
donc difficile pour ne pas dire impossible, que des " étudiants
" comme vous et moi puissent avoir une réflexion posée sur
des questions appelant assurément pour réponses quelques
aphorismes nietzschéens. Mais parbleu, de quoi ont-ils peur?
Pourquoi s'ingénient-ils à saborder nos études et mépriser
nos efforts ? Pensent-ils qu'avec de véritables diplômes
nous verrions que les leurs sont apocryphes ?
Non, je ne pense pas………… qu'ils aient des diplômes. Craignent-ils
alors qu'avec un certain niveau nous discernions leur niveau
incertain ? Non, je n'en crois rien. Décidément, j'ai l'esprit
mal tourné. Car comment penser un instant qu'une instruction
"éclairante" puisse les inquiéter, eux, ces philanthropes
désintéressés. Comment croire une seconde que les plus méritants
et les plus compétents diplômés puissent bousculer ces vils
comportements qu'ils ont mis tant d'années et d'effort à
instituer. Non, non, finalement, je crois que le mépris
dont nous sommes victimes est entièrement notre faute. Non
seulement nous voulons des amphis moins surchargés, une
bouffe peu létale, une bourse plus conséquente et moins
drôle, des livres de moins de vingt ans d'âge et de reliure……..mais
en plus de cela, ingrats que nous sommes, nous voudrions
bénéficier d'une formation dans les règles de l'art avec
professeurs qui en sont, et moyens "un peu" récents. Convenez
avec moi que nos exigences sont outrancières et leur patience
princière. Avouez pour votre salut que nous sommes de niais
acariâtres jaloux de leur abnégation d'albâtre. Suivez la
voie et rentrez dans le rang ô étudiants à l'âme pervertie
avide de connaissances et de savoir. Faites pénitence et
confessez votre mauvaise foi avérée. Ils sont les maîtres
éclairés que nous devons suivre…….. à la ruine, ils sont
notre fil d'Ariane qui nous conduira sur les rivages…….
obscurs de l'abandon. Allons, soyez raisonnables, il ne
manquerait plus que l'université devienne le creuset des
idées et se mette à former. On aurait alors tout vu ! Mais
trêve de plaisanterie, de gauches épigrammes et de vague
ironie. Permettez moi, amis, avant de clore, quelques écarts,
mots humbles et sonores, et de rappeler à nos bienveillants
tuteurs, quelque soit leur rang et leur présente humeur,
que si aujourd'hui mes phrases de légèreté s'habillent,
l'avenir serein les lestera de leurs guenilles, car comme
ils sauront le remarquer à coup sûr, du haut de leurs promontoires
aux mille scissures, si mon billet n'est guère véhément,
c'est qu'Hugo écrit : "Le dégoût rend clément"…… mais gare
aux vents tournants et à leurs soudains horions.
Bons entendeurs….
Ziim
|