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L'enquête Cité U.

On ne compte plus les rumeurs qui circulent sur les pensionnaires de la cité universitaire pour jeunes filles de Ben Aknoun.
Des rumeurs insistantes, laissant entendre que la déliquescence morale semble s'être accaparée les lieux. La rédaction du Souk a donc décidé de se pencher sur la question et de constater de visu la situation, consciente qu'une visite éclair à "La Cité" ne lui aurait permis que d'entrevoir une infime partie de la réalité quotidienne. Karima, étudiante en Médecine, qui a vécu 4 années dans cette résidence a bien voulu répondre à nos questions et nous parler ouvertement de la vie dans sa cité.

LE SOUK: Merci d'abord d'avoir accepté de nous parler, car nous savons que cela ne doit pas être si simple pour vous.
KARIMA: Il est temps que certaines vérités soient dites sur les conditions exécrables, de centaines de filles dans cette cité et plus largement de milliers d'autres, filles et garçons, à travers tout le pays.
LE SOUK: Commençons d'abord par ces rumeurs qui courent et qui confèrent à cette cité une très mauvaise réputation. Alors qu'en est-il?
KARIMA: Il est vrai que beaucoup de choses sont dites sur les filles de la cité et leurs mœurs prétendues légères; je tiens à préciser d'emblée que si de tels errements existent, il n'en demeure pas moins que c'est là le comportement d'une infime minorité ; une minorité peut-être plus " visible " et qui fait beaucoup de tort aux résidentes de la cité, mais qui ne représente en rien la tendance générale. Contrairement à ce que l'on croit, nous avons nos principes. Cette image de filles faciles colportée ici et là est très loin de la réalité ; de plus elle est amplifiée par "Les externes".
Quant à celles qui résident effectivement à la cité, il ne faut pas toutes les loger à la même enseigne.
Il est vrai que livrées à elles-mêmes et loin du contexte familial, certaines résidentes se sentent plus libres et s'autorisent certaines largesses…
Et puis avec le manque d'infrastructures et de loisirs, elles ont besoin de s'évader un peu de la morosité ambiante. Je ne pense pas qu'il faille les juger aussi arbitrairement.
LE SOUK: Justement, n'y a t-il pas une vie sociale, culturelle, sportive au sein de la cité ?
KARIMA: Mis à part les anniversaires de l'UNJA où cette dernière organise quelques galas dansants, essentiellement en début et en fin d'année, il est navrant de dire que les jours se suivent et se ressemblent dans un marasme chaque fois plus pesant. Parfois, l'administration organise des expositions et des tournois de Volley-Ball et de Basket-Ball entres différents clubs, mais cela ne suffit pas à donner de la vie de la cité, ou à rehausser le moral de ses résidentes.
LE SOUK : Si le quotidien est aussi lourd, comment occupez-vous vos vacances ?
KARIMA : Oh! c'est bien simple, les filles préfèrent rentrer chez elles, même si le voyage est long et éprouvant.
Rester à la cité est moralement et financièrement impossible; le semblant de foyer censé être un lieu de convivialité et est plus désert que d'habitude; la télévision ne diffuse que la chaîne nationale à son propre écho, sans parler des restos qui ferment leurs portes et qui nous obligent à nous faire littéralement dépouiller jusqu'au dernier Dinar par les commerces qui se trouvent à la porte de la cité.
LE SOUK: A propos, les filles que nous avons rencontrées nous ont parlé des prix exorbitants que pratiquent ces commerçants, qu'en est-il au juste ?
KARIMA: L'appât du gain, voilà tout. Ils savent que nous n'avons pas le choix et ils en profitent.
LE SOUK : Qu'en est-il des conditions d'hygiène. Car lorsqu'on sait la gestion de l'eau dans la capitale, on pense bien que votre cité n'est pas épargnée.
KARIMA: Vous pensez bien que non.
C'est même pire. L'hygiène est absente à tous les niveaux. Nous sommes obligées de débourser presque 100 DA pour une douche car l'eau manque terriblement, et quand bien même les robinets laissent échapper quelques gouttes, la qualité de l'eau laisse à désirer….il n'y a jamais eu de contrôle.
Quant aux toilettes, je vous épargne le tableau répugnant et nauséabond qu'elles offrent.
LE SOUK : Comment arrivez-vous à travailler et à vous concentrer sur vos études dans de telles conditions de vie ?
KARIMA: Difficilement; c'est très dur. Le moral en prend un sacré coup. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, on ne s'habitue jamais à tout ça, on fait avec c'est tout, car les études doivent primer. Rien n'est fait pour nous faciliter la tâche.
Notre salle de travail par exemple est si petite que nous devons travailler dehors, dans les jardins, n'importe où, là où il y a de la place; sans parler des livres que nous ne pouvons pas emprunter.
LE SOUK: Il doit bien y avoir un coin de ciel bleu dans toute cette grisaille, non ?
KARIMA: La camaraderie peut-être, l'entraide entre les filles, même si l'ambiance n'est pas toujours au beau fixe….il y a les transports avec l'arrivée des privés qui assurent une desserte régulière, en plus de notre fameux " COUS " dont la vignette à 45 DA le trimestre reste des plus abordable.
Le prix de la restauration est lui aussi symbolique, comme la nourriture d'ailleurs, aussi symbolique en qualité qu'en quantité……et dire que pendant le mois de Ramadhan, on devait jouer du coude pour faire la chaîne et ce dès 14h….je vous laisse apprécier le temps que l'on peut encore consacrer aux études.
LE SOUK: Et pour ce qui est de vos rapports avec l'Administration, y a t-il des problèmes particuliers, avec les " agents "?
KARIMA: Continuellement. C'est peut-être l'aspect le plus blessant et le plus révoltant de tout. L'administration en général et plus particulièrement ses agents sont irrespectueux.
Nous sommes à la cité et cela suffit selon eux à nous mépriser. Ces agents sont vulgaires et il faut constamment s'imposer, se défendre, même si la plupart des filles préfèrent ne pas leur tenir tête car disent t-elles " Au moins, ils assurent la sécurité "; comme si cela n'était pas l'un de nos droits fondamentaux; ils ne font que ce pour quoi ils sont payés et ils nous doivent le respect.
LE SOUK : Merci Karima
KARIMA: Merci à vous et bonne continuation.


 





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