Un Mawled plein de pétards !



« Un enfant a été victime d’un pétard à Hadjout !… »

Paralysante, accablante, triste, affligeante, loufoque, hallucinatoire et ridicule.
Ce ne sont là que quelques adjectifs que nous pourrions balancer pour la plus belle foutaise idéologique,
compromettante et étatique de cette année dérisoire, intemporelle, fugitive et obscure.
Quoi de plus tragi-comique qu’une scène exhibant des agents, du dit ordre publique, errants entre quelques
bancs, surnageant d’étroites tables imbues de graffitis de grande légèreté faites par la mains des futurs membres de l’intelligentsia algérienne, errants dans l’enceinte même d’un établissement bénéficiant de « la franchise
universitaire ». Une université souillée par des impuretés blasphématoires, une université ensevelie sous les décombres de la négligence, le désordre et l’euphorie.
Quoi de plus marrant qu’une bataille opposant deux troupes, l’une armée jusqu’au dents, l’autre tout aussi armée, mais de feutres, de crayons, de quelques cahiers chiffonnés et trempés le 10 novembre passé, au passage d’un déluge déchaîné, voulant nous soustraire d'une société hostile, voulant nous faire embarquer dans un voyage sans retour, voulant nous emmener loin de là et ainsi nous épargner ce qui sans grande surprise finit par arriver.
J’aurais certainement eu la « Palme d’or » cette année là, si seulement j’avais pris soin de m’armer d’un magnétoscope numérique et avais osé filmer, sans l’emprise insoutenable d’un fou rire hystérique, les événements déroutants qui se sont produits durant cette semaine fantaisiste, voulant être celle de la fête estudiantine, comme on nous l’a si bien inculqué au cours des longues séances d’hypnose collective qui durent, sans notre consentement, depuis quarante ans.
Oui ! J’aurais eu la Palme d’or du meilleur film comique de l’année.
Oui ! Qui aurait eu l’audace de projeter un tel scénario sur écran ?
Quel virtuose metteur en scène se risquerait à architecturer une telle frénésie sadomasochiste ?
Quel réalisateur aurait eu la muse d’imaginer les délits fantasmatiques d’une tel chef-d’œuvre orchestré par des
acteurs extravagants, surnaturels et déchirants ?
Pour que David Lynch puisse encadrer une telle tourmente derrière sa GV , il devra se rendre à Bouzaréah, puis à
l’EPAU, puis pris entre les viscères de la horde enragée, et pris pour un vieux routier dans le secteur universitaire
recyclable, se verra propulsé par un vulgaire coup de pied au fin fond d’une cellule rembrunie entre camarades,
cafards, murs et souris. Dommage, on ne verra jamais cette bobine, la caméra été confisquée, et d’après les rumeurs qui courent ; monsieur David est mort…de rire.
Quoi de plus esclaffant qu’une poignée d’étudiants criant un ras-le-bol incommensurable, débordant et flagrant aux autorités publiques, et qui après, se verront accusés des pires crimes de l’humanité.
Quoi de plus rigolo que quelques échoués du baccalauréat disent : « On en a marre ! » Et qui toute suite après ont été très gentiment mis dans de superbes cellules des réconfortants prisons du pays (On espère pour eux
l’éviction quasi incertaine de la calcination).
Là, dans ma mélancolie passagère, des souvenirs vinrent me trahir vaguement, je me rappelle d’une époque où dictature rimait assez bien avec démocratie.
Je me souviens aussi d’une autre époque, celle-là plus proche, l’époque d’une burlesque concorde où des criminels, ceux-là des vrais, ont été « excusés » pour leurs actes défiants toutes les chroniques et toutes les barbaries.
Mes souvenir s’entrechoquent, me vacillant entre illusion et réalité.
L’illusion qu’être étudiant est la plus noble des fonctions.
La réalité qu’être étudiant la plus dégradante des situations.

« En fuyant le pétard, l’enfant fut percuté par un camion ! »

H.Hocine



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