Droits  

.

Bonjour jeune homme, vous êtes étudiant ? 

Je n’ai rien fait, je vous jure ! ...
Non, vous interprétez mal les choses, on n’appartient pas à la brigade anti-savoir...
Mais vous êtes habillés en costard ? 

Non jeune homme, on est des sondeurs, et pour les costards, c’est juste pour avoir l’air moins ringard... On veut juste vous posez des questions ? 

Si c’est politique, je suis navré mais je m’y refuse...

 Mais pourquoi ?
Car je ne suis pas concerné, au fait sur ce plan je n’existe pas, je pourrais exister géographiquement, socialement, juridiquement, mais certainement pas culturellement ou politiquement... 

Culturellement ? Mais vous êtes étudiant ? 

Qui moi ? Pourquoi ? Parce que je porte un cartable vidé de ses entrailles, par la foudre de l’incompréhension, ou parce que je chante en marchant des mélodies sans mots et sans raison...
Le 16 avril passé, vous étiez où?

 Je le savais, vous cherchez un alibi, je vous jure que j’étais avec ma mère, pendant toute la journée, elle me contait une longue histoire à propos, de je ne sais plus... Je perds la mémoire... Mais, le 16 avril… Ah ! Je me rappelle, c’était à propos de mon avenir, la fin c’était… Le 16 avril c’est la journée... …Ah ! Des femmes, et moi qui avais mal compris ma mère, elle voulait un cadeau... je suis bête ! Mais non, ce n’est pas ça… Alors elle voulait quoi, que j’arrête mes études, ça aurait été un joli cadeau, car d’après son histoire, je n’ai pas d’avenir, j’aurais dû la comprendre, elle veut que je fasse des affaires... comme mon cousin Ammar, qui a offert à sa mère une bague en or, couronné par un saphir de Birmanie, et un coupon en soie, importée de chine... Mais je veux faire des études moi, pour être moins bête, plus intelligent, pour comprendre ce qui se passe autour de moi... Après tout... je crois qu’elle a raison... Le 16 avril, c’est la journée du savoir... Le savoir ? On est sensé le fêter ? Ici, dans ce pays ? Et mon cousin Ammar ? Lui qui n’a jamais eu de notions à ce propos, il va croire qu’il est discriminé, ça va le blesser. Et sa mère, qu’est-ce qu’elle va dire à ma mère ? Que son fils à été réprimé, marginalisé, battu, et vexé...
C’est ma mère qui va me tuer... Elle va croire que je l’ai fait pour me venger... Mais attendez… vous rigolez là ? Le savoir ça ne se fête pas, il y a erreur dans votre
calendrier... 

Pourquoi?
Le savoir, ça se fait tuer, ça se met dans une prison, ça se fait incarcérer, ça s’oublie, ça se néglige, ça conduit votre femme à vous laisser tomber, sinon à vous tromper, ça
vous fait haïr par vos gosses, ça vous amène à prendre des calmants, ça vous fait saouler, ça vous prive de vos droits...
Quels droits ?

 Le droit d’avoir une chambre sans être obligé de connaître le fils de la cousine du directeur de la cité, le droit d’avoir un lit, sans offrir des Skandaraniates au pote du responsable du département, le droit d’avoir une bourse, sans l’aumônier, en entier, au mendiant cloué devant la poste, car vous savez qu’il vous battrait, s’il devinait le montant, ça serait lui manquer de respect si vous lui donniez la moitié ou les trois-quarts, le droit de respirer de l’oxygène dans le bus vous menant au gouffre maudit,
sans avoir à faire du stop, en prenant soin de vous déguisez en Maria Carey, le droit de prendre un café, sans attendre que le caissier tourne le dos, pour prendre fuite, le droit de s’asseoir dans une bibliothèque, sans perdre 3 heures à vous languir sur les rampes d'escaliers, le droit de demander un livre sur les maladies sexuellement transmissibles, sans avoir à affronter le regard soucieux et malsain de la bibliothécaire, qui fini par vous avouez l’indisponibilité de ce livre, le droit de marcher, sans la peur d’y laisser sa peau à chaque coin de rue, le droit d’être respecté, sans débourser de l’argent, sans exhiber
votre cellulaire, sans décrire votre décapotable, sans citer vos connaissances, le droit d’exister, sans avoir à prouver votre utilité.
Jeune homme, vous êtes un sacré humoristique, vous nous avez fait marrer, mais vous savez que vous avez du talent, je vous conseille vivement le théâtre...
Ah ! Ces jeunes étudiants, qu’est-ce qu’ils ont comme imagination, et en plus t’as vu l’air sérieux qu’il a pris, il n’a même pas souris...

 


Ils sont fous ces jeunes étudiants, avec leur droits.. 

Mais bien sûre qu’on compare l’université algérienne à un cirque, après le sketch qu’on vient de voir, c’est normal...

Les droits, mais de quel droits, il est entrain de parler ? !


 H.Hocine



Conception et Réalisation: Jamil. Design: D.Malik. Conseils: Karim, Dj Ade!, FMalik et Hchicha