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Fuite.
"même les sujets fuient..."
Après avoir vomit toutes ses peines et douleurs, il revint parmi ces compatriotes
d'infortune et de légèreté, devant la compassion sincère et inquiète,
qu'il ne cessa de trouver ridicule, il se sentit obligé de révéler ces
maux, de rassurer, d'apaiser cette arrogante atmosphère, qui généralement
s'installe dès qu'une faiblesse s'épanouit.
Il ne dit rien, il voulait fuir.
Ses camarades ayant sentit le mal qui sans le vouloir, l'ont fait, ont
opté ingénieusement à parler d'autres choses, d'autres faits.
Il aimait ces compagnons, ces amis qui savent éviter la pitié. Il ne voulait
aucun réconfort, il voulait rire.
Deux ou trois blagues défilèrent, drôles et vulgaires, puis un certain
cria la honte, accusant fatalement les médecins,
généralisant et inflexible.
Les aigreurs étaient toujours là, âcres et exaspérantes, ce qui l'empêcha
de voir le soi-disant objet d'accusation.
Fuite. C'était un mot qu'il trouvait des plus vulgaires, ce mot l'appréhendait,
le faisait reculer dans les décombres de ses esprits, l'aspirait vers
cette stase où les craintes s'immortalisent, où les persécuteurs se disputent
son corps.
Fuite. Il se rappela la fuite de son père, la fuite d'eau dans leur immeuble,
la fuite des braqueurs d'un pays, la fuite de son petit frère, la fuite
d'un ami vers un pays plus clément, la fuite de gaz, provoquant le décès
d'une cousine, ses fuites à lui, ses fuites de tout établissement scolaire,
ses fuites de toute responsabilité, ses fuites de toute pitié, ses fuites
de toutes pensées contraignantes et acharnées.Ses fuites de lui même,
il se fuyait. Il voulait toujours fuir.
Les aigreurs étaient toujours là, mais il était heureux que les nausées
soient passées.
Il arrivait enfin à comprendre de quelle fuite on parlait ; la fuite des
sujets.
Ah ! C'est de cela qu'on accuse les médecins, d'avoir fait fuir les sujets,
mais vers où ? d'où ?
Son état euphorique l'empêchait de saisir le sens exact de ce mot ; est-ce
que les sujets ont fui ? Mais non, les sujets ne possèdent ni corps ni
esprits, qui a donc pris fuite ?
Son camarde était toujours à crier : « .Tu me vois, moi, aller chez l'un
d'eux, me soigner ? Mais bordel, ils achètent les sujets ! »
Il comprit.
Les sujets fuyaient pour être achetés.
Et l'argent des sujets fuyaient pour être dépensée.
Il voulait toujours fuir, cette histoire lui redonnait ses récentes nausées,
qu'il croyait y avoir échapper.
Malgré le côté ludique et invraisemblable de cette histoire, il y attacha
le peu de ce qu'il y avait de son esprit. La situation, en fait, n'avait
rien de drôle, mais il cherchait toujours un moyen pour en rire.
Aucun, cette histoire l'horrifiait. Jamais il ne se prit pour moralisateur,
la morale pour lui était d'une dimension incalculable et insoutenable,
et il fallait être immense pour pouvoir distinguer tout ses côtés, tout
ses moteurs.
Mais un autre sentiment, que celui de la bienfaisance, l'emplissait. Il
trouvait cette histoire horrible pour toute la mesquinerie qu'elle contient,
pour toute la vilenie qu'elle décrit. Il se sentait coupable, sans trop
savoir pourquoi.
Coupable d'appartenir à cette génération trompeuse, avide et superficielle.
Soudain, il eut un de ses rires mémorables, il s'esclaffa comme piqué
par une folie absurde, il riait d'avoir l'instant d'une pensée était bon.
D'avoir pu voir l'effroi, d'avoir pu percevoir le mal de la chose, d'avoir
été un juge et d'avoir jugé. Mais ce rire masqua une douleur profonde
qui , espérant, sera diagnostiquée par un médecin ayant fui la tentation
que provoque la fuite des sujets.
Prenons fuite, le serveur réclame son argent. Ils fuirent comme des voleurs.
...l'administration de ce pays »
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