« A Palm Beach on a fêté le jour de l’indépendance par des feux d’artifice… »

 


Elle était entrain de se mirer…
Que voyait-elle, sur cette glace floue et brouillée ? Mis à part une âme tourmentée, elle vit une femme. Une belle femme.
Une femme d’un « certain âge », l’âge où toute femme est certainement charmante, sûre et magnétique.
Mais l’âge aussi où les questions affluent selon un rythme saccadé, suivant les tendresses d’une brise matinale et l’euphorie des senteurs exiguës d’un bon café.
Elle pensait, comme chaque jour, comme chaque matin, sans savoir trop à quoi penser, mais il y eut incontestablement
cet acharné besoin d’être aspiré aux fonds obscurs de ses âmes délaissées.
Elle ne faisait pas que réfléchir, elle se souvenait aussi, de tant de choses, de tant de joies, de tant de frénésies, de tant d’angoisses, de tant d’épreuves, que sans cesse, elle avait pertinemment endurées.
Sa main enveloppait, dans un geste de lassitude, une joue qui commençait à libérer quelques rides, verticalement
posées.
Elle vieillissait.
En ce matin ensoleillé par des milliers de filaments lumineux, qu’une chaleur insoutenable vint s’y ajouter par les bienfaits d’une saison torride, elle pensait à ses parents, sans pouvoir s’empêcher de les décrire tels des valeurs sûres de dévouement et d’affection.
Ils avaient tant fait pour la nourrir, la protéger, l’orienter et la sauvegarder.
Qu’a-t-elle fait pour gratifier ses précurseurs ?
Elle craignait de s’aventurer dans l’élaboration de réponses, toutes aussi absurdes qu’a été son existence.
Pour l’instant, elle voulait seulement être bercée par ses propres pensées, par ses souvenirs.
Aujourd’hui, elle se résolut à n’appliquer aucune contrainte à son esprit découpé par les années tranchantes, qui l’ont, bon gré, mal gré, accueillie.
Elle se souvenait de ses téléspectateurs, qui pour eux, elle fut plus qu’une idole ; une religion.
Elle se rappela ses dévoués, ses adeptes, ses inhérents et ses amis. Qu’ils furent bons ! Oui, trop bons.
Valait-elle toutes ces attentions ?
Dans sa boite à images, après une bonne gorgée de café chaud et sucré, défilaient, en cet instant, d’autres peintures, d’autres dessins.
Des dessins qu’elle méprisait, et qu’elle s’en voulait de s’en souvenir.
Des images représentant ses ennemis dans leurs fourrures de lâchetés, de mesquineries, de vices et de cruautés. Des images nauséabondes, où elle se revit entrain d’être sauvagement violée, où son corps fût bestialement souillé par des impuretés irrémédiables, celles qui imprègnent profondément l’esprit, laissant une marque indéniable, une lacune inguérissable, que seul le temps, moteur de l’oubli, arrive à abriter.
Elle était malade, souffrant d’un mal étrange, de blessures invisibles car trop profondes.
Elle pleura. Ses larmes s’évaporaient à la rencontre d’un air frais, et de ce contact inopportun naissait une sérénité parfumée et envoûtante.
Elle savait ce qu’elle voulait, ne dit-on pas que c’est déjà un grand pas ? Elle voulait détruire ses souvenirs, enterrer sous mille pierres d’argile et de fer sa boîte à images et incendier les feuilles récitant les délits pénibles de sa mémoire.
Elle aspirait à une nouvelle existence, un nouvel élan, un cahier vierge de toutes tâches, qu’elle s’empresserait de noircir par des lignes régulières, retraçant ses espérances et ses rêveries.
Elle s’accrocherait, comme un être à la vie, à cette horde d’humains qui croyaient insatiablement en sa grandeur, elle souhaitait, plus que jamais, leur donner satisfaction, leur donner ce qu’ils réclament : La foi.
Car elle était, peut être sans le savoir, une source de foi, d’espoir.
Elle est née en Algérie et aimait ce pays, à qui elle s’est offerte en guise de gratitude. Ce pays qui la renvoyait inlassablement à une tourmentante question : Etait-elle sa fille ou sa mère ?
En ce jour elle fête ses quarante ans.
Et elle se nomme : Indépendance.
 

H.Hocine



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