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Constipation
« Une grave pénurie d’eau à Skikda et Bechar... » Cet état nous rend superbement imbéciles, il nous inculque, d’une façon maternelle et attentionnée, une pensée sans esprit, sans tact et abrutie. On devient de mieux en mieux l’équipe nationale la plus dégénérée, oui ! Nous sommes des demeurés, mais ce n’est pas de notre faute, si nous sommes si débiles que ça, c’est la faute à l’état. Je ne pourrais même pas confirmer ces crétins dires, du moment que je surplombe cette galerie de cornichons, de tourtes et de saucisses. Comment ne pas s’initier à l’art de l’idiotie, quand un chanteur algérien de renom vous chante les élections, usant de mots (imbéciles) et de paroles citant la gloire du scrutin, les bénéfices du vote, la victoire des élus et «l’intelligence » des coordinateurs. Je suis tombé par hasard sur cette chanson, en zappant inconsciemment la « telféza eljazairia », le clip, certainement réalisé par Hitchkock en post mortem, voulant être sa dernière œuvre mélodramatique, classée dans la catégorie des films horrifiants, interdits à ceux qui sont nés après le 5 juillet 1962. M. Alfred, vous êtes un génie (bien sûre que vous l’êtes, vous n’aviez jamais reçu la sérothérapie de la débilité !) Vous avez toujours su nous faire peur, nous angoisser et nous aider à glisser un petit modèle du «Coran » sous l’oreiller, sans éteindre les lumières, avant de se coucher la peur dans l’âme. Le virtuose Mazouni (tiens, on dirait un nom italien, Mazzoni !) a chanté. Et quoi de plus beau ? N’est-ce pas de l’art ? La station entre l’être et lui-même ? La beauté des humains divulguée d’une plaie gangrenée, pour masquer leur diablerie et cochonneries ? Mais pour comprendre cet art, il faut d’abord savoir l’interpréter, et comme nous avons été, subtilement, éduqués selon les règles sévères de l’inintelligence et du rabaissement, nous nous retrouvons incapables et impuissants devant la somptuosité de ces mélodies asphyxiantes et bellicismes (l’asphyxie est un phénomène physiologique incontrôlable qui survient spontanément dès l’écoute concentrée d’une chanson de Mazzoni.). Les cubistes, ainsi que les camarades De Dali, ont amplement soufrèrent de l’incompréhension sociale de leurs réalisations huileuses et aquatiques, les gens n’étaient pas en ces temps obscurs, d’avant-guerre, préparés à contrer de tels chefs-d’œuvre, mais après avoir subi un enseignement rigoureux et acquis une certaine intelligence perspicace, ont su voir l’incommensurabilité du talent de ces peintres (personnellement, j’ai beau avoir observé assidûment les toiles de Picasso et Miro, je n’y vois rien, c’est normal me suis-je dis, je suis imbibé jusqu’au cortex d’animosités ignares et cruelles.) La voix extraterrestre et voluptueuse de notre chanteur national, sur un rythme nostalgique des seventies, crée par des synthétiseurs déterrés des tombes profondes des années Souk El Fellah, laisse traîner des sortes de vers, faisant comprendre ceci : « Joins ta voix à ma voix et allons voter ! »
Bon, avouons que c’est d’une prose post pseudo- baudelairienne ! Avouons que c’est d’une délicatesse inouïe ! Comme même, un peu de respect pour les artistes... Mais pour une fois soyons sérieux, essayons de nous débarrasser de cette envoûtante ânerie, et «pensons » : Cet environnement politico-socioculturel «djyehna » «ou rahou idjyeh fina », cette dictature artistique nous ensevelit sous des terrains vagues d’ignorance et d’infortune, nous devenons les champions de la coupe des imbéciles, après avoir mené un match palpitant contre nous-mêmes. Comment ne pas se sentir ainsi, quand on se retient pour accomplir l’un des actes les plus dégradant pour l’homme, qu’est chier, durant trois ou quatre jours, et ainsi provoquer une sorte de constipation hystérico-chronique, tout bêtement par ce que le bac de la chasse d’eau est souffrant de sécheresse, tout bêtement parce que vous risquez de souffrir de quelques puanteurs pendant un certain temps, tout bêtement parce que la nuit où l’eau s’est clandestinement ramenée chez vous, vous dormiez comme un con, tout bêtement parce que vous vivez au quatrième étage, tout bêtement parce que votre citerne à été volé la nuit où l’eau s’est ramenée, tout bêtement parce que vous êtes né ici. Nous devenons systématiquement imbéciles en accordons de l’importance à ces médiocres et dégouttantes conneries futiles et absurdes. Comment penser à s’émanciper, à se relever dans un certain rang distingué, alors que nous n'arrivons même pas à nous relever de nos propres selles décadentes. «...Parce qu’un barrage d’eau s’est effondré en Syrie ! » |
| Conception et Réalisation: Jamil. Design: D.Malik. Conseils: Karim, Dj Ade!, FMalik et Hchicha | ||