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L'étudiant et le montor (fable)
Sieur La Fontaine, que l'on dit Jean affable,
de raison raisonnable et de cœur fort louable, voua épîtres
et doctes fables, contes sublimes et scènes mémorables,
clarifiant le vers et posant prose imaginaire, à piquer
les travers si vils et militaires, au service incertain
d'une fine moralité, dont le sens, aujourd'hui, est mort
alité. Mort, d'accord, mais non sans gémir, car lorsqu'il
vit de loin trépas venir, il joua groggy la triste comédie,
de l'ire sonnante aux allures trébuchantes, de l'effroi
d'une vie finissante, sans conscience ni objecteur, qui
fut abjecte sans objections. "Mais qu'est-ce? Qu'entend-t-il?
en usant sans cesse, de rime peu habiles. Se trouve-t-il
subtil ? Se vante-il de finesse? ce maudit imbécile, que
le talent délaisse." ainsi peut-être questionnez-vous, vos
esprits retors, si peu jaloux, avares de bonne foi et d'utiles
efforts, avides de bonne chair et de place à bord. Nenni,
amis je vous rassure, et assure votre fameuse compagnie,
qu'en présence de vos ailés esprits, je crains l'avanie,
et n'oserai guère l'ironie. Alors de grâce, faites preuve
de bonté quelques instants encore, car je m'en vais vous
conter sans oxymores, la fable de l'Etudiant et son Mentor.
Ainsi donc, Ken ya Maken, aux temps aveugles et béotiens
des borgnes et des bedaines, un univers cité dans les écritures,
où les bras cassés trouvaient villégiature. Tout s'y trouvait
à foison mais non en qualité, pléthoriques emplâtres, deux
légions de vanité, celle d'une suffisance à battre, et l'autre
d'une triste inanité. Dans l'univers cité plus haut au niveau
plutôt bas, arriva par l'octobre des révolutions, cet Etudiant
socratique selon Xénophon. Heureux de son accession et rêvant
aux ascensions, il pénétra l'amphithéâtre ridicule de dimensions,
où se jouait bruyamment, l'acte premier de la première leçon.
Sur la scène aménagée, dans son costume endimanché, virevoltait
notre ténor qui par dédain du sort sera bientôt Mentor.
Dés les premières sonorités, le silence se fit sonner. Et
le Mentor, sûr de son affaire, aiguillon en bandoulière,
maîtrisant la science et sa grammaire, manipula consciences
et caractères, haussant tantôt le ton, mine sévère, puis
souriant mielleux d'un air, aimant plaire et de ses mains
légères, captura le temps et leurs esprits, se dit-il :
" tant qu'à faire ". Depuis conquis, l'Etudiant ne jura
plus que par l'esprit de ce Mentor si érudit. Mais bientôt
déçu, il jura encore, mais d'un juron si fort, que je ne
puis répéter ici, de peur d'offusquer ainsi, votre étendue
et sensible ouïe. Car certes, notre docteur est docte mais
également acteur, et s'il est Mentor il est aussi menteur.
Triste revers le jour où l'Etudiant serein, un tantinet
serin, arriva nuits blanchies en salle d'examen, et vit
que des questions présentées à lui, des jours auparavant
tous en avait copie. Ainsi va la vie, cette tragi-comédie,
où les honneurs se gâtent, où l'on graisse tant de pattes.
Ce n'est guère aisé et pour ainsi dire bien ardu, de tomber
des nues quand la vérité nue, honni ce Mentor louait avec
passion, qui tristement crie à présent: " Je résiste à tout
sauf aux tentations "* Moralité, je ne saurais m'arroger
en moralisateur, c'est là un commerce que je laisse à d'autres
prédicateurs, et puis vous si charmants, en tout novateurs,
dont le génie surclasse celui de bien des auteurs, pensez
- quel dur labeur - ce qui vous semblera meilleur. Et laissons
le mot de la fin, puisque à toute chose il faut apposer
un point, à celui qui connut tant de femmes savantes et
de fourberies, tant de Médecins volants et de Malades imaginaires,
le soin de clore à sa manière, cette fable qui dans la réalité
prend chair. J'ai nommé maître Molière et sa fine comédie
: "Vous Fiez-vous, mon frère, à mon extérieur ? Et pour
tout ce qu'on voit, me croyez vous meilleur ? Non, non ,
vous vous laissez tromper à l'apparence Et je ne suis rien
moins, hélas ! que ce qu'on pense Tout le monde me prend
pour un homme de bien Mais la vérité pure est que je ne
vaux rien " ……………. Le Mentor n'aurait pas mieux dit.
Nazim
J.
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