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Un monde sans espoir est irrespirable "*
C'est comme si plus rien n'avait désormais
d'importance; comme si un nuage lourd pesait sur nos cœurs,
y faisant régner la gêne d'être vivant quand tant d'autres
ne sont plus, une gêne qui donne à la vie un semblant d'arrêt
et à nos souffles un semblant d'apnée depuis ce samedi dix
novembre!
Rien ne sera plus jamais pareil. Notre vie restera à jamais
marquée par l'empreinte de cette absence; par la brume de
ce doute qui jusqu'à aujourd'hui ne se dissipe pas; par
la lueur de cet espoir qui, jour après jour, s'atténue,
plongeant dans le deuil tout un peuple, mettant à l'épreuve
le courage et la solidarité les mieux établies, celui et
celle des petites gens.
En ce qui nous concerne, étudiants en médecine, c'est l'absence
de nos camarades et de nos professeurs qui fait le plus
mal; la sensation d'impuissance face à la perte de dizaines
de personnes dont le souvenir à jamais restera gravé dans
nos cœurs et nos esprits; face à la détresse et à la douleur
des leurs.
Comment pourrions-nous faire face à cette réalité ?
Comment admettre que, en rejoignant les lieux du savoir,
beaucoup n'en reviendront jamais?
Faut-il accepter cela comme un coup du destin ?
Une catastrophe naturelle ?
Ou bien faut-il au contraire se révolter ?
Dénoncer le manque de moyens dont nous croyions être les
premières victimes ?
La reprise de la vie " normale " est si pénible, presque
impossible! Rien, jamais, ne soulagera les " survivants
" du fardeau d'être restés en vie ni les parents des victimes
de la perte d'êtres chers.
Qui blâmer, contre qui se retourner ? Tout ceci était-il
donc écrit comme certains ne cessent de le seriner?
Le plus dur est d'avoir conscience qu'un jour ou l'autre
la vie finira par reprendre son cours, que chacun d'entre
nous poursuivra son chemin même s'il continue de ressentir
malgré tout un vide, une déchirure, causés par l'absence
et la perte de ceux qu'hier encore il côtoyait, un ami,
un collègue, un camarade.
* Malraux
Meriem
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