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NON
!
Il
ne vit qu'au jour le jour; il ne peut rien prévoir
à l'avance; il ne pense plus à rien; il ne
voit plus l'intérêt de penser à des
choses qu'il ne pourrait réaliser.
Il se contente de s'indigner, au fond de lui, de la souffrance
de sa famille, de ses amis, et de son pays; il n'ose même
plus en parler.
Jusque là il a toujours fait de son mieux pour ne
pas se faire remarquer, faisant ce qu'on lui disait de faire,
accomplissant ce qu'on lui ordonnait d'accomplir.
Un jour, il rêva qu'en se réveillant, un mot
lui vint à la bouche, un mot auquel il ne pensait
plus depuis longtemps, un mot si simple qu'il avait fini
par
l'oublier: NON, simplement NON; Non à tout ce que
lui et son pays ne cessent de subir, Non à toute
la souffrance, Non à la violence et à l'indifférence.
Il se vit traverser sa chambre, aller vers la porte d'entrée,
l'ouvrir et crier à gorge déployée
ce mot qui lui paraissait soudain si familier, NON!
Il était enfin heureux! Mais en se réveillant
vraiment, il s'empressa d'aller ouvrir cette porte et de
regarder autour de lui, hélas, rien n'avait changé;
alors seulement il se rappela qu'il avait perdu l'usage
de la parole depuis le soir
où on l'attaqua chez lui pour lui voler sa femme
et ses enfants, pour lui briser sa vie. Il se demanda en
sentant les larmes sur ses joues ce qu'il adviendrait si
tout le peuple algérien se levait d'une seule voix
et criait NON
MERIEM
A.
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