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Festival Suranné à l'ère de la Mondialisation

L'été fut chaud en manifestations pseudo artistiques et culturelles en tous genres et fatras, où la culture et l'art furent les éternels absents et dont le 15e Festival Mondial de la Jeunesse et de l'Etudiant fut le point culminant.
Comment en aurait-il été autrement, lorsque du percutant "Bendir" à la frétillante "Zorna", nous eûmes droit dans une fâcheuse gesticulation sonore, à toutes sortes d'attroupements égarés et de scènes malfamées, où une nouvelle variante du "Tango" argentin échauffait les esprits et agitait les corps.
Ce ne fut que du remue-ménage à gros frais, qui plus est, financé par nos impôts dans un contexte socio-économique des plus sinistres.
Est-ce là l'animation divertissante et familiale escomptée?
Est-ce là les festivités conviviales censées égayer nos vies monotones et macabres?
Est-ce là le souffle de vie aspirant ressusciter notre sourire perdu ?
Pas le moins du monde. Car ce n'est pas de la joie et assurément pas de la vie qui fut semée en ces nuits d'artifices échevelés, mais l'amertume et le dégoût, une fois de plus, encore et toujours.
Mais si pour ma part en tant que jeune étudiant je me suis senti indésirable, pour ne pas dire totalement exclu de cette manifestation, il n'en demeure pas moins que la question qui m'interpella plus encore que la tenue ou non d'un tel festival, fut le "sens" même et "l'utilité" de ce dernier, qu'il se déroule ici ou sous d'autres cieux. Et que l'on me dispense d'arguties titubantes, en me rebattant une fois de plus les oreilles avec ces prétendues retombées positives, sur l'image embellie de notre pays de par le monde et le blason redoré de celui-ci.
Car lorsqu'on sait la désorganisation flagrante et le bricolage coutumier qui régna tout au long du festival, on peut craindre que "nos invités" diffusent, de retour chez eux, une toute autre image, plus véridique peut-être et moins à notre avantage. Mais passons, le fait est que ce festival par les slogans qu'il scande, les devises qu'il arbore, les sujets qu'il aborde et les résolutions qui en émanent, demeure pathétiquement passé de mode, rococo, désuet, vieillot, suranné, pour ainsi dire en vocable bien de chez nous : "Démodé".
Dans un monde où le "profit" est le dogme absolu et "l'intérêt" l'unique raison acceptable, il n'est plus question d'humanisme et de politique sociale véritable. Désormais, ce ne sont plus les états "emprunteurs" qui gouvernent, mais les retraités américains via leurs boulimiques fonds de pension.
Le petit livre rouge fut remplacé par la bible de l'actionnaire avisé, et les fondements moraux par les indices CAC 40 et Nikkei, c'est ce qu'on appelle la Mondialisation. Il était donc désopilant de voir défiler cette jeunesse si solidaire et coloré, comme une promesse - impossible à tenir - d'un monde meilleur.
Et l'on a vu ainsi, de jeunes occidentaux en crise d'adolescence et peut-être d'identité, issus pour la plupart de milieux aisés et qui le temps d'études de Marketing ou de Commerce International, s'impliquent "généreusement" dans l'humanisme empaqueté et l'humanitaire-spectacle, histoire de se forger quelques souvenirs "engagés" des années de " lutte", souvenirs qu'ils se remémoreront - carrière faite et actions en bourse - devant leurs cheminées de petits bourgeois.
Quant aux rigoureux Nord Coréens et autres chaleureux Cubains, leurs slogans nostalgiques de non-alignés auront eu pour mérite de nous offrir une fresque grandeur nature de ce que fut le monde à une certaine époque.
Ils sont donc venus, ont bavardé et sont repartis. De ce festival, comme de tous les autres, il n'en est rien sorti, si ce n'est "quelques" avoirs de la Banque d'Algérie. Aucune avancée majeure n'est à signaler tant sur le plan diplomatique que celui de la sensibilisation aux véritables enjeux de cette globalisation terrifiante, et des moyens à engager pour y faire face. Il ne fut question que de verbiage stérile agrémenté de ces éternelles rengaines et velléités d'actions: "Nous condamnons", "Nous dénonçons", "Nous demandons", "Nous regrettons", "Nous ferons", "Nous pensons que" et autres phrases vides du même acabit qui n'empêchent assurément pas les capitaux spéculatifs de prospérer ni la Palestine d'être occupée.
Car si les mouvements citoyens créés de par le monde sous la bannière de l'antimondialisation agissent concrètement en investissant le terrain, comme à Seattle ou à Gènes, ils faut préciser qu'ils ne se résument pas à des agitateurs amateurs de corps à corps avec les unités anti-émeutes, mais constituent une véritable force de sensibilisation, de réflexion et de proposition.
Mais au lieu d'inscrire ce festival dans une optique moderne et dynamique, nous eûmes droit à une " source ", qui si elle fut belle autrefois, est depuis longtemps déjà tarie. Car le monde se fait sans nous et à nos dépens.
Nous le regardons faire en nous complaisant dans cette léthargie aussi bien physique qu'intellectuelle.
L'état de l'université est l'un des exemples les plus édifiants s'il en faut.


Nazim


 





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