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"Quand
je regarde en arrière"
Quand
je regarde en arrière, je n’ai nul regret, je n’aurai pas voulu
vivre autrement ...De toutes façons, un fantasme n’est jamais
que cela. Je ne me dis pas :J’aurais voulu être un citoyen d’Athènes
au temps de Périclès, ni un citoyen de Grenade sous les
Abencérages, ni un bourgeois de la Vienne des valses. Je suis
né dans un canton écarté de haute montagne, d’une
vieille race qui, depuis des millénaires n’a pas cessé
d’être là, avec les uns, avec les autres...qui, sous le
soleil ou la neige, à travers les sables garamantes ou les vieilles
cités du Tell, a déroulé sa saga, ses épreuves
et ses fastes, qui a contribué dans l’histoire ,de diverses façons,
à rendre plus humaine la vie des hommes.
Les tenants d’un chauvinisme souffreteux peuvent aller déplorant
la trop grande ouverture de l’éventail : Hannibal a conçu
sa stratégie en punique ; c’ est en latin qu’Augustin
a dit la cité de Dieu, en arabe qu’ Ibn Khaldoun a exposé
les lois des révolutions des hommes. Personnellement, il me plait
de constater dès le début de l’histoire cette ample faculté
d’accueil. Car il se peut que les ghettos sécurisent, mais qu’ils
stérilisent c’est sûr.
C’ est par là que je voudrais finir. Ceux qui, pour
quitter la scène, attendent toujours d’avoir récité
la dernière réplique à mon avis se trompent : il
n’y a jamais de dernière réplique - ou alors chaque réplique
est la dernière - on peut arrêter la noria à peu
près à n’importe quel godet, le bal à n’importe
quelle figure de la danse. Le nombre de jours qu’il me reste à
vivre, Dieu seul les sait. Mais quelque soit le point de la course où
le terme m’atteindra, je partirai avec la certitude chevillée
que quelque soient les obstacles que l’histoire lui apportera, c’est
dans le sens de sa libération que mon peuple - et avec lui les
autres - ira. L’ignorance, les préjugés, l’inculture peuvent
un instant entraver ce libre mouvement, mais il est sûr que le
jour inévitablement viendra où l’on distinguera la vérité
de ses faux semblants .
Tout le reste est littérature.
Mouloud
Mammeri
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